Vertige d'une rencontre

Un film de Jean-Michel Bertrand

Revue de presse

7 - Daupiné Libéré du 22 juillet 2010

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L’aigle sous l’oeil de la caméra
Pendant 5 ans, le réalisateur haut-alpin Jean-Michel Bertrand a fait le guet dans les montagnes du Champsaur et du Dévoluy ...

L’aigle sous l’œil de la caméra ...

Ses gros “Oiseaux” lui auront donné des “Sueurs froides”, à Jean-Michel Bertrand. Le clin d’œil à Alfred Hitchcock s’arrête là. Le suspense aura tout de même duré deux ans pour le réalisateur. Jusqu’à ce qu’il trouve un distributeur pour son film sur les aigles, “Vertige d’une rencontre”, qui est sorti hier dans plus de 200 salles du pays.

Il était hors de question, pour ce Haut-Alpin, de ranger son film au placard, après y avoir consacré cinq ans de sa vie. “Je me suis tout de même demandé où j’allais dormir”, confesse-t-il.

Sa fascination pour les aigles remonte à tout petit. “Quand on avait vu un aigle, on avait tout vu”.

La douceur qu’il dégage dissimule une patience et une obstination sans faille.

Pendant cinq ans, l’homme s’est rendu dans son “jardin secret” entre Champsaur, Valgaudemar et Dévoluy, à raison de périodes de cinq à six jours, pour observer les aigles sans se faire voir et capter des images exceptionnelles. “Parfois, je restais à l’affût sans filmer une seule image”. Et là, le doute s’emparait de lui.

Au bout de trois ans, un aigle lui a “fait un cadeau” en le conduisant jusqu’à son nid. Un nid malheureusement inaccessible. “L’année suivante, ces aigles ont niché dans un endroit incroyable. Je suis arrivé à hauteur du nid, sans me faire voir. Là, j’ai vu deux aiglons ! C’est rare. D’habitude il n’y en a qu’un. Souvent, le plus gros tue l’autre car l’espèce s’autorégule. Un couple d’aigles vit en moyenne sur 100 km². Sur ce territoire, il ne peut y avoir de deuxième couple”.

Avant de réaliser ce film, Jean-Michel Bertrand a filmé bien d’autres endroits du globe pendant 20 ans. “Avec toujours cette même frustration. Je quittais le Champsaur avec la boule au ventre en me répétant : Pourquoi pars-tu alors que tu as tout ici ?”. Et puis il en a eu assez de “cette vision extérieure de l’Occidental, donneur de leçons, qui me mettait extrêmement mal à l’aise. J’avais l’impression d’être un imposteur”.

En 2000, il arrête son tour du monde pour se lancer dans cette quête de l’aigle, “approcher son intimité, connaître ses sites de nidification, sans savoir ce que j’allais obtenir et sans producteur”.

Le résultat est unique, entre très belles images tournées en Super 16 commentées par l’acteur Charles Berling et prises de vues en mini-DV. “Ces images en mini-DV ne devaient pas figurer dans le film au départ. Elles étaient destinées à ma famille pour lui faire partager mon aventure. On me voit moi, l’envers du décor”.

Cet amoureux du 7 e art voulait se démarquer des documentaires esthétiques. “Ce qui m’intéressait, c’était de raconter mon histoire, d’exprimer ces émotions de l’enfance, sans débauche de moyens”. Ce film lui aura coûté environ 500 000 euros. Pour la post-production, il a été soutenu par des institutions locales.

Depuis son film, le Haut-Alpin s’interroge encore plus sur le prédateur. “C’est un animal complexe, qui a toujours craint l’homme. Dans une espèce, il y a des individus, des caractères. Il faut beaucoup d’humilité et de patience pour comprendre l’aigle”.

D’où l’envie de se lancer dans un deuxième film racontant la vie d’un aigle, de sa naissance à sa mort. Un film plus ambitieux... ou une comédie romantique entre une citadine et un montagnard. Tourné, evidemment, dans les Hautes-Alpes.

Marie France BATARD

Le Dauphiné Libéré